Texte parallèle anglais–français
The Stone Bride
La Fiancée de pierre
DuoText
Une édition bilingue anglais–français : le texte en anglais avec la traduction en français à côté, paragraphe par paragraphe.
Ouverture du lecteur…
The Legend
La légende
When it rained, she wept. That was the first thing anyone learned about the Stone Bride of Key Lane, and for most visitors the last as well, since no more would fit into a photo. Above the door of house number seven, in the keystone of the doorway, sat the head of a young woman in grey sandstone, hardly bigger than a loaf of bread, her hair tied in a knot at the nape of her neck. As soon as it rained, two dark tracks ran from the corners of her eyes over her cheeks down to her chin, and the corners of her mouth, worn soft by the weather, drew downwards as well, as if she had seen it coming.
Quand il pleuvait, elle pleurait. C’était la première chose qu’on apprenait sur la Fiancée de pierre de la ruelle de la Clé et, pour la plupart des visiteurs, la dernière aussi, car il n’y en avait pas davantage à faire tenir sur une photo. Au-dessus de la porte du numéro sept, dans la clé de voûte du portail, se trouvait la tête d’une jeune femme en grès gris, à peine plus grosse qu’un pain de campagne, les cheveux noués en chignon sur la nuque. Dès qu’il pleuvait, deux traînées sombres lui coulaient des coins des yeux le long des joues jusqu’au menton, et les commissures de ses lèvres, adoucies par les intempéries, s’abaissaient en même temps, comme si elle l’avait vu venir.
On this Tuesday in October Tereza Nováková stood beneath her for what was, at a cautious estimate, the three-thousandth time. She held up the yellow umbrella by which her groups recognised her, waited until the last of them had come up the lane, and lowered her voice, as she always did, at exactly this spot.
Ce mardi d’octobre-là, Tereza Nováková se tenait sous elle pour la trois millième fois, selon une estimation prudente. Elle a levé le parapluie jaune auquel ses groupes la reconnaissaient, elle a attendu que le dernier soit monté dans la ruelle, puis elle a baissé la voix, comme toujours, à cet endroit précis.
“In the spring of 1848,” she said, “Anežka, the daughter of the master of the house, was engaged to a raftsman. He brought timber from the Bohemian Forest down the Vltava, and on the day before the wedding the raft arrived without him. Anežka waited at this door every evening, for forty years. When she died, the stonemason immortalised her face up here. And ever since, whenever it rains …” She pointed upwards, and twenty-three phones rose with her finger.
« Au printemps 1848 », a-t-elle dit, « Anežka, la fille du propriétaire, était fiancée à un flotteur de bois. Il descendait la Vltava avec du bois de la forêt de Bohême, et la veille du mariage, le radeau est arrivé sans lui. Anežka a attendu chaque soir devant cette porte, pendant quarante ans. Quand elle est morte, le tailleur de pierre a immortalisé son visage ici, en haut. Et depuis, quand il pleut… » Elle a pointé le doigt vers le haut, et vingt-trois téléphones se sont levés avec lui.
It was not raining. It had not rained for eleven days, and the bride, to be honest, looked only slightly put out, like someone who has waited too long for a bus. Tereza knew the disappointment in their faces and had a sentence for it: anyone who wanted to see her weep would simply have to come back. Most of them did not come back, but they wrote it in their reviews, and the reviews brought the next ones.
Il ne pleuvait pas. Il n’avait pas plu depuis onze jours, et la fiancée, à vrai dire, avait seulement l’air un peu contrariée, comme quelqu’un qui attend trop longtemps un bus. Tereza connaissait la déception sur ces visages et avait une phrase pour elle : ceux qui voulaient la voir pleurer n’avaient qu’à revenir. La plupart ne revenaient pas, mais ils l’écrivaient dans leurs avis, et les avis amenaient les suivants.
That Anežka had never existed was known in Prague to one single person, and she was at that moment holding the yellow umbrella. Tereza had invented her six years ago, on a wet afternoon, back when she still offered art-history tours that nobody booked, and a group from Ohio had asked her, in front of this very door, why the woman up there was crying. She had not known the truth and had not felt like admitting it. So she had let a raftsman drown. It had been, as would turn out, the most successful quarter of an hour of her working life.
Qu’Anežka n’avait jamais existé, un seul être le savait à Prague, et il tenait en ce moment le parapluie jaune. Tereza l’avait inventée six ans plus tôt, un après-midi de pluie, alors qu’elle proposait encore des visites d’histoire de l’art que personne ne réservait et qu’un groupe venu de l’Ohio lui avait demandé, devant cette porte même, pourquoi la femme là-haut pleurait. Elle n’avait pas connu la vérité et n’avait pas eu envie de l’avouer. Alors elle avait laissé un flotteur de bois se noyer. Ça avait été, comme on allait le voir, le quart d’heure le plus fructueux de sa vie professionnelle.
By now the Stone Bride was in three guidebooks, in two of them with the wrong year. Other guides retold her, some with a second lover, one even with poison. Wedding couples from Seoul and Milan had themselves photographed beneath the doorway, and across the lane Radek Bureš, with whom Tereza had once almost moved in, had turned his former pawnshop into the Café of the Weeping Bride , in whose window lay a cake of the same name: poppy seed, with an icing that ran in the warmth.
Depuis, la Fiancée de pierre figurait dans trois guides de voyage, dont deux avec une date fausse. D’autres guides la racontaient à leur tour, certains avec un second amant, l’un même avec du poison. Des couples de jeunes mariés de Séoul et de Milan se faisaient photographier sous le portail, et en face, Radek Bureš, avec qui Tereza avait failli un jour emménager, avait transformé son ancien mont-de-piété en Café de la Fiancée pleureuse , et dans sa vitrine trônait un gâteau du même nom : au pavot, avec un glaçage qui coulait quand il faisait chaud.
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